Les territoires ultramarins, souvent idéalisés depuis la métropole, cachent une réalité préoccupante. Ils figurent parmi les départements les plus défavorisés de France, avec des taux alarmants de maladies chroniques telles que l'obésité et le diabète. Divers facteurs contribuent à ces inégalités alimentaires, mais l'un des plus marquants reste la teneur élevée en sucre des produits alimentaires locaux.
En effet, en Guadeloupe, en Martinique et dans d'autres territoires d'outre-mer, la quantité de sucre présente dans les produits industriels est, en moyenne, supérieure à celle observée dans l'Hexagone, avec des écarts parfois considérables. Un soda ou un yaourt acheté à Fort-de-France peut avoir un goût bien différent de son homologue marseillais, malgré une loi visant à réguler ces différences. En mars dernier, 11 députés ont interpellé le ministre de la Santé pour demander l'application de la loi Lurel, qui vise à garantir des produits alimentaires de qualité dans ces régions.
la réalité sucrée de l'outre-mer
Cette inégalité souligne le fait que ces territoires sont souvent négligés par la République. Récemment, une rupture de canalisation en Guadeloupe a privé des milliers de personnes d'eau potable, révélant ainsi des problèmes de gestion chronique. Cette situation n'est qu'un exemple parmi tant d'autres - l'outre-mer souffre d'une précarité généralisée et d'un système de santé défaillant.
Cette question du sucre n'est pas nouvelle : en 2013, une loi a été adoptée pour interdire l'ajout de sucre dans les denrées destinées à ces territoires, portée par le député Victorin Lurel. Pourtant, dès 2014, des voix s'élevaient à la Réunion pour dénoncer la non-application de cette loi. Une plus grande présence de sucre dans les aliments accroît le risque de diabète et d'obésité - par exemple, 10 % de la population martiniquaise est atteinte de diabète, un chiffre presque double par rapport à la moyenne nationale.
les raisons derrière cette disparité
Les disparités en matière de sucre varient grandement d'un produit à l'autre. Bien que certains sodas aient des taux de sucre similaires à ceux de la métropole, des écarts de 20 à 45 % existent pour d'autres produits. D’après le témoignage du médecin André Atallah, ces inégalités sont souvent perçues au goût avant d'être analysées. Par exemple, le Fanta orange présente une teneur en sucre 42 % plus élevée dans les îles qu'en métropole.
Pourquoi de telles différences ? La logique réside dans une croyance ancrée parmi certains industriels selon laquelle les populations ultramarines préfèrent des saveurs plus sucrées. Ce stéréotype, véhiculé sans preuves scientifiques, suscite des interrogations quant à la responsabilité de l'industrie dans la création d'une telle demande.
Concernant les produits laitiers, la situation est plus nuancée. Les industriels importent du lait en poudre, naturellement plus riche en sucre, pour compenser l'absence de production locale. Cela dit, sans contrôles stricts, ces situations ne sont pas prêtes de changer. La législation actuelle n’empêche pas que les produits demeurent, en moyenne, plus sucrés.
La consommation excessive de boissons sucrées est également un axe d’inquiétude. Par exemple, les Guadeloupéens consomment en moyenne 69 g/jour de boissons sucrées, contre seulement 39 g en métropole. Néanmoins, appliquer la loi sur le sucre pourrait représenter un pas vers la lutte contre cette tendance alarmante. Les efforts doivent se multiplier pour éradiquer ce fléau, particulièrement dans des zones déjà fragilisées sur le plan sanitaire et nutritionnel.







